• Mathilde Cavalière

Comment TikTok a ouvert la parole aux victimes d'agression sexuelle ?

Alors que les rassemblements sont interdits depuis le début du confinement, le Denim Day (journée consacrée à la lutte contre les violences sexuelles) a provoqué une série de nombreuses vidéos témoignages envahissant le réseau social TikTok. Retour sur le mouvement #vousnenousferezplustaire et la manière dont la plateforme permet sa diffusion.

C'est Anna Toumazoff qui est à l'origine de ce mouvement en France, symbolisé sous le #vousnenousferezplustaire. La jeune féministe, connu du monde médiatique, avait déjà lancé une première campagne #UbercestOver dénonçant les agressions sexuelles subies par des utilisatrices du service de transports de l'entreprise.


C'est à l'occasion du DenimDay, jour consacré aux violences sexuelles que le premier hashtag #vousnenousferezplustaire apparaît. C'est la plateforme TikTok qui relayera de nombreuses vidéos dans lesquelles les victimes dénoncent leur agression à visage découvert. Une prise de parole virtuelle sur un sujet encore trop tabou. Anna Toumazoff explique : « #MeToo, c'était vraiment pour dire ce qui se passe, qu’il y a beaucoup d'agressions, qu’il y a beaucoup de viols dans la société. Mais c'était de l'écrit. Là, beaucoup de personnes jeunes qui ont grandi avec les réseaux sociaux utilisent leur propre image, qui était savamment construite. C'est une nouvelle mise en danger. Je pense que c’est une nouvelle vague parce que ça prend une autre dimension».


Certaines témoignent, montrent les vêtements portés le jour de l'agression, d'autre recouvrent une partie de leurs corps avec de la peinture. Deux phrases reviennent "I am not what happened to me" ("Je ne suis pas ce qu'il m'est arrivé) et "I am not a victim, i'm a survivor" (Je ne suis pas une victime mais un(e) survivant(e)). Une prise de parole collective et relativement jeune, aussi bien féminine que masculine. Chaque utilisateur s'approprie son histoire et sa narration luttant contre l'anonymat dans lequel certaines des victimes s'enferment.


La prise de parole de confinée :



Si les voix s'élevaient auparavant au sein de rassemblements, ces derniers ont été interdits pendant le confinement (évitant ainsi la propagation rapide du virus). C'est là que TikTok intervient. Le réseau social initialement connu pour diffuser un contenu divertissant (danse, chant, prank) a vu son utilisation première détournée. Des jeunes de tout âge s'expriment visage découvert sur les agressions sexuelles qu'ils ont eu le malheur de vivre. Le mouvement envahie la plateforme et devient viral en l'espace de quelques jours provoquant plus de 100 millions de vues à travers le monde. Anna Toumazoff clôture son post Instagram : "Cette fois, c’est ce vieux monde qui nous traite de sorcières hystériques depuis la nuit des temps qui va brûler", une référence au dernier ouvrage de Mona Chollet, Les Sorcières, retraçant l'histoire de "la puissance invaincue des femmes" jusqu'à nos jours.


Une prise de parole digitale qui, on l'espère, permettra aux maux les plus enfouis de se faire entendre.

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